Melun d'hier ... à aujourd'hui
titre Melun en Juin 1940
Titre - Melun en Juin 1940 - Les combats du 15 Juin

Melun pont de Fer avant guerre années 30 éditeur Mignon
3549 MELUN (S.-et-M.) - Le Pont de Fer et la Rue Saint-Ambroise * Phot. Edit. E. MIGNON, Nangis

Vous pourrez lire, ci-dessous, le témoignage (tiré de l'ouvrage "Division Sintzenich" publié en 1941, pages 167 à 170) du lieutenant Gengnagel de la 33ème division d'infanterie de l'armée de terre allemande au sujet des combats ayant eu lieu, en Juin 1940, à Melun.


Témoignage des combats du 15 Juin 1940 à Melun

Titre le pont de Melun
avec deux motos-mitrailleuses, la pointe du détachement d’assaut de notre division et de la conduire à Melun en passant par Fontenay-Chaumes. Là, dans le cadre de notre poursuite de l’armée française, nous devions établir une nouvelle tête de pont. A 6 h 30 je partis, sur ordre du commandant de la section de pointe, avec deux motos-mitrailleuses, un canon de 2 centimètres  et un groupe de fantassins. Comme la reconnaissance de la veille n’avait signalé aucun mouvement ennemi et que la nuit avait été calme, la probabilité d’accrochage avec l’ennemi était réduite sur les premiers kilomètres. Nous franchîmes les 10 km de la forêt de Crécy sans voir de Français.

Ce n’est qu’au bout d’une quinzaine de kilomètres sans problèmes que nous accrochâmes les retardataires de l’ennemi battant retraite. La plupart des Français, surpris que nous soyons arrivés si loin, ne pouvaient rien faire. Ce n’est qu’après plusieurs sommations leur intimant de jeter les armes qu’ils saisirent la situation et comprirent qu’ils étaient prisonniers. Seuls quelques uns tentèrent bravement d’épauler, mais ils ne purent pas tirer car nos motards leur arrachèrent très vite l’arme des mains. Un Français, après avoir jeté son arme dans le fossé et avoir été repoussé par moi vers l’arrière, voulut montrer sa valeur de soldat en s’emparant 10 mètres derrière nous d’un fusil pour nous tirer dessus. J’ai sauté de la moto et l’ai visé avec mon pistolet. Il était touché, eut un soubresaut et fut finalement abattu par une salve de mitrailleuse de ma deuxième moto qui avait fait demi-tour. C’est ainsi que se déroula notre avance vers Chaumes.

A partir de là nous rencontrâmes des colonnes de fuyards qui allaient vers le  sud. Cela rendit sensiblement plus difficile notre percée. La route était souvent complètement obstruée par des gens marchant à trois ou quatre de front. De grandes charrettes de paysans avec triple attelage, des automobiles pleines de réfugiés, des hommes, des femmes et des enfants encombraient la route. Et des groupes de soldats français en déroute, des véhicules de matériel, de munitions, des canons, tout était mêlé dans un grand chaos. Et de plus il fallait, comme l’expérience nous l’avait appris, compter sur des tirs ennemis. C’est ainsi que nous nous approchions kilomètre après kilomètre de notre but quotidien, souvent au pas, repoussant à gauche et à droite les réfugiés et désarmant les soldats.

Sans incident particulier nous atteignîmes le nord de Melun. Pour la section de pointe une courte halte était nécessaire pendant laquelle il fallait faire une reconnaissance de la traversée de la ville et de l’état du pont. Je reçus l’ordre d’accomplir cette mission avec deux motos-mitrailleuses et un adjudant-chef du Génie. Dans Melun même, toutes les rues étaient si pleines de véhicules de toutes sortes, de civils et de soldats encore en possession de leurs armes que nous n’avançâmes qu’au pas. Plus nous nous approchions du pont et plus la marée humaine grossissait, car tous voulaient traverser la Seine pour fuir les soldats allemands. Nous traversâmes sans résistance le premier pont qui franchit un bras de Seine.

Le sapeur constata que le pont était intact, je transmis donc le message que la section de pointe pouvait suivre. A quelques mètres devant nous nous vîmes le pont principal. A cause du bruit de nos propres troupes qui arrivaient et aussi à cause de notre propre présence, la population paniquait et se précipitait vers le pont. Les soldats français qui se trouvaient dans la foule ne voyaient plus la possibilité de s’enfuir vers l’avant et disparaissaient à gauche et à droite dans les rues adjacentes et dans les maisons. Il n’était pas question de les désarmer puisque nous étions coincés par les civils. Par malchance nous découvrîmes entre nous et le pont, à moins de 70 m, un troupeau de vaches d’environ 60-70 têtes qui convergeaient aussi vers le pont. La tension de l’attente des premiers tirs s’accrût fortement et d’autant plus qu’approchait le moment le plus important de la journée. Nous nous approchâmes du pont pas à pas. Il fallait le franchir le plus rapidement possible, c’est pourquoi nous nous frayâmes un chemin parmi les bêtes. Lorsque nous atteignîmes la première pile du pont je découvris qu’on avait tout préparé pour le faire sauter. Notre sapeur prévint l’arrière. Je vis un sapeur français qui détala à notre approche pour prévenir le commando chargé de la mise à feu. Nous ne pouvions pas être vus par ce commando car nous progressions au milieu du troupeau. Abattre ce sapeur n’était pas possible non plus pour la même raison. Il n’y avait pour nous qu’une seule solution : atteindre aussi vite que possible l’autre berge et couper la mèche pour sauver le pont.

Lorsque ma première moto, toujours parmi le troupeau, fut à quelques 10 mètres de l’autre rive, explosèrent autour de nous les premières grenades à main et sur la berge, à gauche et à droite, des canons de 2 cm ouvrirent le feu. Et dans le prolongement du pont, les Français tirèrent avec un canon de 4,7 cm sans égard pour les civils et le bétail qui tentaient de traverser avec nous. A environ 50 m devant se trouvait une batterie de 7,5 cm qui envoya un déluge de feu sur  le pont et la rive nord de la Seine. De toutes parts volaient les grenades. Le bétail courait dans tous les sens et fut décimé en grande partie. J’essayai de trouver sur la partie droite du pont l’endroit de mise à feu mais je ne pus m’approcher du parapet à cause des bêtes affolées. J’ai alors pensé que la mise à feu pouvait se trouver dans l’urinoir au bout du pont et je me suis précipité dedans. Il était vide. Mon pilote et le mitrailleur accoururent. Ce dernier avait fait taire le canon de 2 cm se trouvant à droite du pont. Après avoir vidé son chargeur il m’avait suivi. Mes deux hommes avaient à peine atteint l’urinoir que nous entendîmes une violente détonation dont le souffle nous bouscula. Il était trop tard, le pont  était perdu et nous étions coupés des autres.

A gauche, à droite, et derrière nous, les Français tiraient pour empêcher les nôtres d’atteindre la rive. Par chance on ne nous vit pas dans l’urinoir ouvert à moitié. Le canon de 7,5 toucha nos premiers véhicules et incendia les maisons de l’autre rive. Toute la rive n’était plus que fumée, poussière et ruines. Mais malgré tout nos servants de canons de 2 cm commencèrent rapidement à répliquer. Peu après, les tirs de nos artilleurs nous firent comprendre que nos fantassins étaient en action. Quant à nous, il fallait faire signe à nos camarades sur l’autre rive pour qu’ils ne nous tirent pas dessus.

Melun seconde guerre mondiale les combats du 15 Juin 1940

Après environ une demi-heure de combat acharné les Français furent repoussés par nos grenades et les salves de nos batteries de 2 cm aux confins sud de Melun. Un bon camarade sauta dans un bateau pour venir nous chercher. Entretemps le pilote et le mitrailleur de la deuxième moto s’étaient dégagés des ruines de notre côté et nous avaient rejoints sains et saufs. Nous conformant à notre mission consistant à établir une tête de pont sur la rive sud de Melun, nous ne fîmes pas demi-tour, mais mîmes notre mitrailleuse en batterie pour sécuriser la traversée, d’abord d’autres mitrailleuses, et ensuite de pièces d’artillerie. Un camarade traversa la Seine héroïquement pour nous apporter mitrailleuses et renfort. D’autres essayèrent de détacher une barge pour acheminer des armes antichars.

Soudain un remorqueur remonta la Seine en tirant quelques barges. Il avait pris à bord des réfugiés de Paris. Nous confisquâmes le remorqueur et en moins d’une demi-heure nous fîmes traverser nos pièces d’artillerie. Fusil levé et mitrailleuse en soutien nous ratissâmes Melun direction sud. L’ennemi s’était déjà retiré. En quelques heures notre tête de pont au sud de Melun était fermement établie. Les patrouilles de reconnaissance de notre section qui parcoururent de nombreux kilomètres au sud de Melun ne signalèrent aucun contact avec l’ennemi. Les Français reculaient toujours, l’épisode de la Seine ne pouvait pas freiner la destruction de leur armée.

Lieutenant Gengnagel

Melun combats de Juin 1940 - remorqueur et réfugiés
Photographie publiée dans le livre "Division Sintzenich" - page 167.


Dans le texte ci-dessus, comme dans celui de René-Charles Plancke, on mentionne le troupeau de bovins décimé lors de l'explosion du pont de Fer. Voici un photomontage permettant de localiser une partie des destructions avec une photo des carcasses des bovins et l'urinoir dans lequel le Lt Gengnagel se réfugia.

Melun troupeau de bovins urinoir 15 Juin 1940 WW2





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